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L'abbaye

Ses tours blanches, qui s’élèvent à presque 50 mètres au fond d’une boucle de la Seine, créent toujours la surprise et l’admiration du visiteur. Sa destruction, au XIXe siècle, lui a valu le nom de «plus belle ruine de France» et l’image d’un site à ciel ouvert fortement marqué de romantisme.

 

L’abbaye de Jumièges est un des plus anciens et des plus importants monastères bénédictins de Normandie. Si à ce jour nous n’avons pu identifier aucun vestige de l’époque de sa fondation au VIIème siècle, de récentes fouilles sur l’église Saint Pierre ont permis de dater sa construction de la fin du VIIIème, faisant de cet édifice un témoignage unique d’église chrétienne Carolingienne. Cet intérêt archéologique ne retire rien à l’émotion suscitée par la visite de l’abbatiale Notre-Dame, fleuron de l’ architecture romane normande.

Dans le souci de garder toute son authenticité au monument, la reconstruction de Jumièges n’a pas été envisagée. Des travaux de consolidation et de protection des maçonneries sont toutefois régulièrement programmés pour préserver autant qu’il est possible ses structures et son décor, et en assurer la sécurité.

Son histoire

Fondée vers 654 par Saint Philibert, l’abbaye applique dès ses débuts la règle de saint Benoît et connaît un essor très rapide. Dès 841, elle est dévastée par les Vikings, dont les raids obligent les moines à abandonner le site pendant presque 10 ans. Après la création du duché de Normandie, Guillaume Longue Epée, second duc, favorisera sa renaissance.

Elle ne retrouve vraiment la prospérité de ses origines qu’au 11e siècle qui voit la reconstruction de l’abbatiale Notre-Dame inaugurée par Guillaume le Conquérant en 1067. Charles VII y loge en 1450 et y reçoit Agnès Sorel, morte à Jumièges cette même année. Charles IX y vient en 1563. Les mauristes engageront des travaux significatifs aux XVIIe et XVIIIe siècles. Après le départ des derniers moines en 1790, les bâtiments seront vendus comme bien national et serviront de carrière de pierre de 1796 à 1824. Les ruines seront ensuite entretenues grâce au rachat en 1853 par la famille Lepel-Cointet, puis par l’Etat en 1946. L’abbaye de Jumièges est devenue propriété du Département de Seine-Maritime en 2007.

Parcours permanent

Venez vous perdre dans son parc de 15 hectares et découvrir ses édifices somptueux.

porterie

Le porche du 14e siècle, par lequel on entre, présente une belle architecture gothique aux clés de voûte sculptées. En levant la tête, on distingue sur l’une d’elles un masque d’homme feuillu. L’ensemble du bâtiment a été remanié à la fin du 19e siècle dans le style néogothique. Il abrite l’accueil et des salles d’exposition installées dans les appartements de la famille Lepel-Cointet.

Le cloître, espace situé au cœur de l’abbaye, desservait les principaux bâtiments de l’abbaye : les églises Notre-Dame et Saint-Pierre, la salle capitulaire, la salle du Trésor, l’ancienne salle de l’hôtellerie et le réfectoire aujourd’hui disparu. Lieu de circulation et de réflexion, le cloître le plus récent fût reconstruit dans les années 1530 dans un style mêlant gothique flamboyant et renaissance. Il fut entièrement démonté au 19e siècle et à son emplacement, subsiste un if plusieurs fois centenaire.

Chef d’œuvre de l’art roman normand, l’abbatiale Notre-Dame fût élevée entre les années 1040 et 1060 à l’initiative de l’abbé Robert Champart. Sa façade ouest, très imposante, comporte un porche surmonté d’une tribune, et est encadrée de deux tours hautes de 46 mètres. La nef est, avec ses 25 mètres de hauteur, la plus haute nef romane de Normandie. Elle est rythmée par l’alternance de piles fortes et faibles. On peut encore admirer sur les chapiteaux ainsi que sur les voûtes d’arêtes des bas-côtés les vestiges des peintures dont était ornée Notre-Dame. A la croisée du transept, seul le mur ouest de la tour-lanterne est encore visible. Le chœur de Notre-Dame, reconstruit au 13è siècle, est fortement marqué par les destructions post-révolutionnaires : il ne subsiste en effet que deux chapelles rayonnantes gothiques.

L’abbaye de Jumièges est située au cœur d’un parc clos de 15 hectares, classé depuis 1947. Un plan réalisé en 1797, après la vente de l’abbaye comme bien national, en fait un relevé précis, sur lequel on remarque les aménagements faits par les mauristes aux XVIIe et XVIIIe siècles :
– au centre, le système de terrasses créé par les mauristes au XVIIe siècle dont on peut admirer l’escalier d’accès ;
– dans la partie sud, nommée Clos de la Vigne, la double allée de tilleuls menant à la grille dite « d’Agnès Sorel », et le thabor, sorte de butte artificielle à portée symbolique (cette construction évoque le mont de la Transfiguration du Christ).

Les anciens jardins monastiques ont laissé la place, à partir du 19e siècle, à un parc à l’anglaise conçu pour mettre les ruines en valeur. Le parc que nous admirons aujourd’hui doit beaucoup, en particulier, aux aménagements réalisés par la famille Lepel-Cointet, propriétaire de l’abbaye entre 1853 et 1946, qui fit appel aux paysagistes Henri et Achille Duchêne dans les années 1900. Ces derniers dessinèrent les principaux tracés des nouveaux jardins et créèrent un parterre de broderies de buis en contrebas du logis abbatial, qui a inspiré l’actuel parterre planté dans les années 1980.
C’est également à cette époque qu’ont été plantés la plupart des arbres les plus remarquables du parc, comme les hêtres pourpres ou les grands pins situés près de la porterie, ainsi que le grand cèdre de l’Atlas arraché par la tempête de 1999, dont le fût est conservé au centre du Clos de la Vigne. Approchez-vous : son bois a gardé tout son parfum !

Église Saint-Pierre

Reliée à l’abbatiale Notre-Dame par le passage Charles VII, l’église Saint-Pierre conserve d’intéressants vestiges de la période carolingienne : la façade et les deux premières travées de la nef rythmées par des niches circulaires et des baies géminées. Le reste de l’édifice a été entièrement reconstruit au 13e siècle pour le collatéral Sud et au 14e siècle pour le côté Nord. Sur le mur sud, on peut admirer un exemple rare de peinture carolingienne : une figure d’homme représenté en buste.

Grande salle voutée du 12e siècle, l’hôtellerie servait à l’accueil des hôtes de haut rang. Longue de 35 mètres, cette salle gothique offre une belle harmonie architecturale par la régularité de ses proportions. La façade extérieure, partie la plus ancienne de l’hôtellerie, arbore un décor sculpté de modillons aux personnages grotesques et de baies décorées d’éléments géométriques et de têtes barbues. A partir du 13e ou 14e siècle l’hôtellerie devient un cellier. Au 17ème siècle, les moines y ajoutent un étage abritant une bibliothèque réputée. Pour des raisons de sécurité, l’hôtellerie est interdite à la visite.

le logis

Situé au nord-est des ruines de l’abbaye, le logis abbatial est l’ancienne résidence des abbés commendataires* de Jumièges. Sa construction débute en 1666, en remplacement de l’ancien logis médiéval situé près de l’église Saint-Pierre et alors à l’abandon ; il est achevé en 1671, date à laquelle François II de Harlay de Champvallon, archevêque de Paris et abbé de Jumièges, s’y installe.

Noble bâtiment de style classique à trois niveaux et à la haute toiture à la Mansart, le logis abbatial a l’aspect d’un véritable petit château. On y accédait par l’actuelle rue du Quesney, sur laquelle s’ouvre la cour d’honneur fermée d’une grille monumentale et encadrée de deux bâtiments de communs. Depuis son imposante façade, côté parc, la vue sur les ruines de l’abbaye et, plus loin, les côteaux de la Seine, est splendide. Le blason orné des clés de saint Pierre, patron de l’abbaye, orne toujours le fronton du majestueux avant-corps.

A la Révolution, le logis abbatial est vendu, séparément de l’abbaye, dès 1791 comme Bien national. Il connaîtra plusieurs propriétaires jusqu’à son acquisition, en 1865, par Louis-Helmuth Lepel-Cointet, fils d’Aimé-Honoré Lepel-Cointet, déjà propriétaire des ruines et du parc depuis 1852.

En 1946, l’abbaye de Jumièges devient propriété de l’Etat. Un musée lapidaire est installé en 1954 dans les salles du rez-de-chaussée du logis abbatial. Malheureusement, dans la nuit du samedi 17 au dimanche 18 août 1974, le logis abbatial est ravagé par un terrible incendie. D’importants travaux de restauration ont été nécessaires après ce sinistre pour rendre au bâtiment sa toiture et sa stabilité, sans pour autant permettre sa réouverture au public.

Aujourd’hui, le Département de la Seine-Maritime, propriétaire de Jumièges depuis 2007, a décidé d’ouvrir le logis abbatial dans le cadre de sa politique en faveur des arts visuels, en y organisant en saison des expositions de prestige. Les pièces de la magnifique collection lapidaire de l’abbaye y sont associées, dans une volonté d’instaurer un dialogue entre ces pièces majeures de l’art médiéval et la création contemporaine.

Parcours 3D

Remontez le temps avec l'application gratuite Jumièges 3D !

Jumièges 3D, c’est la possibilité offerte aux visiteurs de découvrir sur place et sous leurs yeux la reconstitution de l’Abbaye de Jumièges telle qu’elle était avant sa destruction.

Jumièges 3D
Visuel Jumièges 3D

Grâce aux techniques de réalité augmentée et substituée, il est ainsi possible de superposer des vues 3D en 360° à la vision des vestiges actuels. L’effet est saisissant et se balader dans le temps devient ainsi un jeu d’enfant grâce à une interface simplissime.

Vous pouvez gratuitement télécharger l’application sur l’AppStore ou sur Google Play pour un usage sur smartphone et tablettes. Vous pouvez aussi louer des iPads sur place à l’accueil de l’Abbaye pour 5€.

Après une présentation générale du site, vous verrez apparaître à l’écran un plan vous permettant de vous rendre jusqu’aux différentes haltes. A chacune d’entre elles, en orientant la tablette ou le smartphone vers l’édifice, vous dirigerez la reconstitution, dans un panoramique 360° immersif, du monument à l’époque désignée.

Sur chaque emplacement, un bouquet d’objets numériques (commentaires audio avec album photo, vidéos…) vous apportera des informations utiles à la compréhension du lieu et de son histoire.

Les lieux à découvrir

L’abbaye de Jumièges est un monument complexe sur lequel chaque siècle a laissé sa marque. L’histoire très longue du monastère est ponctuée, des origines jusqu’au XVIIIe siècle, de modernisations et de reconstructions, dont certaines ne sont plus même visibles aujourd’hui.

La priorité a donc été de déterminer, en fonction des documents disponibles et des vestiges subsistants, les lieux les plus appropriés à cette reconstitution. Le choix des quatre emplacements a été subordonné à leur importance dans la vie ou l’histoire de l’abbaye, mais également à l’état d’avancement de la recherche scientifique, qui a par exemple, ces toutes dernières années, permis de valider l’appartenance à l’époque carolingienne des éléments les plus anciens de la petite église Saint-Pierre.

Les quatre haltes retenues sont :

L’ABBATIALE NOTRE-DAME

Cette grande église est à la fois le lieu le plus connu et le mieux conservé. La vision reconstituée au transept représentera, d’un côté, la nef avec tous ses éléments perdus de l’époque romane, dont la toiture ; en pivotant, le visiteur découvrira de l’autre côté le chœur reconstruit à l’époque gothique et qui était encore en place à la fin du XVIIIe siècle.

L’ÉGLISE SAINT-PIERRE

La période choisie est le début du IXe siècle et fait de la reconstitution de Jumièges 3D un document exceptionnel, en raison de la rareté des vestiges carolingiens dans la France du nord.

LE CLOÎTRE

Plusieurs cloîtres se sont succédé à Jumièges. Le dernier connu, visible dans Jumièges 3D, remonte au XVIe siècle et se caractérise par un fin décor sculpté caractéristique du gothique tardif et des tout débuts de la Renaissance.

LES JARDINS, LE GRAND DORTOIR DU XVIIIÈME SIÈCLE

La dernière grande époque de construction à Jumièges est représentée par la restitution du dernier bâtiment important et des terrasses élevés par les Mauristes aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Visitez nos expositions depuis chez vous

« Vestiges »
Josef Kudelka – 2018

« Ravir la force mais toujours aimer »
Ange Leccia – 2019

« La lumière du loup »
Benjamin Deroche – 2020

« Visiter Pompéi »
Claudio Sabatino – 2021