Le 20 juin 1796 l’abbaye de Jumièges est vendue pour bien national, excepté le logis abbatial qui est cédé à un particulier dès 1791. Cette étape marque le commencement d’une lente agonie : domaine fractionné en parcelles, bâtiments loués ou vendus à des particuliers,
programme de démolition, etc.

L’éveil des consciences à cette notion nouvelle qu’est le patrimoine permet au nouveau propriétaire des lieux, Casimir de Caumont, dès 1825, de valoriser le site en cessant les destructions et en ouvrant sa propriété au public.
Il encourage les travaux des érudits et des sociétés savantes comme la Commission Départementale des Antiquités et lance les premières fouilles archéologiques recensées sur le site.

Portrait de Madame Eric Lepel-Cointet, photographie

A sa mort en 1852, ses héritiers décident de la vente de l’abbaye et c’est Aimé Lepel-Cointet qui s’en porte acquéreur. Il poursuit les fouilles de la salle capitulaire initiées par son prédécesseur.
Après son décès en 1872 et celui de sa veuve en 1894, la propriété de l’abbaye est rachetée en 1894 par sa belle-fille, Mathilde Lepel-Cointet, veuve du fils aîné Marc-Eric Lepel-Cointet.

Portraits à la mine de plomb de Mme Éric Lepel-Cointet, par Pierre-Théodore Senties, 29 septembre 1862.

Celle-ci poursuit les travaux de fouilles entreprises par son beau-père, dans l’hôtellerie, l’église Saint-Pierre et dans la salle capitulaire.
Le domaine reste donc près d’un siècle aux mains de la même famille, jusqu’à la vente à l’Etat en 1946. Elle y laisse une empreinte durable. En effet, par l’achat de la dernière parcelle de terrain et du logis abbatial, elle réunit l’ancien domaine.
La famille entreprend également la construction d’un nouveau bâtiment de style anglonormand en brique ainsi que d’importants travaux sur la porterie en lui adjoignant un bâtiment néogothique pour installer leur logis et un musée, à la manière d’un cabinet de curiosité.
Le rez-de-chaussée, occupé aujourd’hui par l’accueil et la librairie et un salon au premier étage sont aménagés en musée lapidaire pour y présenter des éléments sculptés provenant des bâtiments abbatiaux.
En 1897, Mathilde Lepel-Cointet fait appel à Henri et Achille Duchêne, architectes-paysagistes, pour redessiner le parc de l’abbaye et créer un parc à l’anglaise servant d’écrin à la ruine.

Buste de Mme Eric Lepel-Cointet, situé au rez-de-chaussée de la porterie (actuelle boutique du site).

La statue en buste représente Madame Mathilde Lepel Cointet, née Rebut et dite « Madame Eric » (en référence à son époux). Elle porte les cheveux noués à l’arrière, autour d’un diadème orné d’un croissant de lune et un collier de perles.

Elle est signée A. Gumery. Charles-Alphonse Gumery (1827-1871), sculpteur, est connu pour avoir réalisé un buste pour le monument funéraire d’Eric Lepel-Cointet situé au cimetière du Père Lachaise, aujourd’hui volé.