Les représentations de Jumièges dans le fond iconographique de la Commission départementale des Antiquités

Vue générale des ruines et de site de Jumièges. ADSM 6 Fi 2 – 61

2018 marque le bicentenaire de la Commission départementale des Antiquités, qui a joué un rôle prépondérant dans la sauvegarde du patrimoine avant même la mise en place de l’administration du patrimoine que l’on connaît aujourd’hui. Elle va, la première, attirer l’attention sur les destructions et le sort réservé à l’abbaye de Jumièges et aux objets d’art en provenant.

En effet dès son origine, la Commission devance régulièrement les demandes ministérielles, de 1821 ou encore de 1848, relatives à la recherche des antiquités.

L’un des premiers buts de la Commission était de « conserver, par des dessins et des descriptions, les monuments ou les objets d’art que le temps achève de faire disparaître, ou dont la dispersion et même la destruction devient quelquefois malheureusement nécessaire ».

Peu de temps après, en 1822, la Commission a décidé que « les plans, dessins et mémoires qui [lui] ont été et seront adressés, seront sommairement inscrits sur un registre particulier et porteront un numéro d’ordre répété sur ce registre, afin de pouvoir être retrouvés au besoin ». Cela représente au total 1415 dessins, gravures, photos et cartes postales, conservés aux Archives départementales de la Seine-Maritime.

Parmi les premiers membres de la Commission, Eustache-Hyacinthe Langlois (1777-1837), peintre, a largement contribué à constituer et à enrichir le fonds iconographique de la Commission.

Outre les monuments rouennais, religieux comme civils, il s’est intéressé aux abbayes du val de Seine, Boscherville, Saint-Wandrille et Jumièges, qui faisaient partie des monuments qu’il fallait dessiner «  à raison de leur importance ou de l’état de dégradation qu’ils présentent en ce moment.».

Ainsi le 29 mars 1823, la Commission demande à Langlois d’aller à Jumièges « pour en dessiner les antiquités.» Il s’y est rendu peu après en compagnie d’Espérance, sa fille. Jumièges était depuis 1802 la propriété de Jean-Baptiste Lefort qui mina le chœur de l’église Notre-Dame pour en vendre les pierres.

Les Albums rassemblent 45 dessins, dont certains aquarellés. D’une belle qualité esthétique, ces dessins présentent également un intérêt scientifique, qui témoignent avec précision de l’état des ruines en 1823 et qui apporte des renseignements archéologiques essentiels notamment sur les peintures murales dont il reste aujourd’hui peu de traces observables.

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Les tours de façade de l’église Notre-Dame étaient encore couronnées de leurs flèches de charpente ; celle de la tour sud allait disparaître en 1830, celle de la tour nord en 1850.

On observe sur le dessin du haut que Langlois se met en scène, un cahier à la main.

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Langlois s’intéresse également aux intérieurs des édifices. Ici une vue intérieure de l’église abbatiale Notre-Dame.

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Le cloître le plus récent a été construit dans les années 1530 dans un style mêlant gothique flamboyant et Renaissance sur ordre de l’abbé François de Fontenay. Complètement détruit aujourd’hui, Langlois nous en donne les derniers témoignages.

  

ADSM 6 Fi 2- 70 et la situation actuelle

Langlois travaille également sur les décors peints sur les chapiteaux de la nef de l’église  Notre-Dame. Les dessins sont bien souvent annotés. Ces éléments décoratifs font également l’objet d’une étude plus précise intitulée Essai sur les énervés de Jumièges et sur quelques décorations singulières des églises de cette abbaye … publiée en 1838.

Il s’agit de témoins essentiels au regard des dégradations subies par ces éléments : en effet les peintures monumentales ainsi que les décors sculptés sont soumis aux intempéries.

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Les objets vont également faire l’objet de dessins rigoureux. Ici il s’agit d’éléments du tombeau de l’abbé Simon Du Bosc, retrouvés dans des fouilles menées en 1825. Ils rentrent en possession d’Eustache et sont dessinées par sa fille Espérance en 1828.

Les autres dessins réalisés par les Langlois père et fille dans le cadre de la commission départementale des Antiquités (6 Fi) sont conservées aux Archives départementales de Seine-Maritime : leur numérisation leur permet d’être visible de tous http://recherche.archivesdepartementales76.net/?id=recherche_guidee_icono_detail&doc=accounts%2Fmnesys_ad76%2Fdatas%2Fir%2Fserie_Fi_documents_figures%2FFRAD076_IR_Fi_cartes_documents_figures%2Exml&page=1&page_ref=28754U

Un fond propre aux Langlois (37 Fi) est également conservé et numérisé  http://recherche.archivesdepartementales76.net/?id=recherche_guidee_icono_detail&doc=accounts%2Fmnesys_ad76%2Fdatas%2Fir%2Fserie_Fi_documents_figures%2FFRAD076_IR_Fi_cartes_documents_figures%2Exml&page_ref=257691&unittitle=037Fi – Fonds Langlois&unitid=&unitdate=

Le bicentenaire de la commission sera honoré le 09 novembre prochain par une journée d’étude et la publication d’un ouvrage valorisant son œuvre de défense et de sauvegarde du patrimoine sur le territoire de la Seine-Maritime.