Les statues de saint Pierre en pape

Contrairement à l’usage iconographique qui veut que saint Pierre apôtre soit représenté barbu et en tunique, les trois statues sont imberbes et revêtues des attributs papaux.
Qu’ils soient en majesté assis sur un trône ou qu’il soit debout, ces représentations de saint Pierre portent toutes une tiare à trois couronnes, une chape richement ornée et la clé, symbole du pouvoir donné par le Christ.
Cet ensemble est particulièrement travaillé, portant des détails d’une finesse et d’un esthétisme certain ainsi que des traces de polychromie importantes.

Saint Pierre en pied, 15e siècle

Vue générale de face

Détails : épingle tenant l’étole, tiare papale, galon

L’œil est ici attiré par le plissé de la chape de forme gothique, par le réalisme des épingles en métal tenant l’étole à l’orfroi et par le visage encadré de boucles au front portant quelques rides d’expression. Le revers de la statue n’est travaillé qu’au niveau de la tiare.

Saint Pierre en majesté, 15e siècle

Vue générale de face et de dos

Détails : traces de polychromie sur la tiare, le vêtement et le coussin du trône

Le réalisme des vêtements est poussé dans le moindre détail, des épingles maintenant l’orfroi sur les épaules et le devant de la chape, jusqu’aux gants et à la bague portée au majeur de la main gauche.
Le manipule et les galons du vêtement portent des décors de rinceaux et de fleurettes en relief.
Le siège et le coussin portent également des traces de polychromie. Au revers, le dossier et le siège sont évidé, l’arrière n’est travaillé que sur la mitre et les épaules du personnage.

Saint Pierre en majesté, fin 15e siècle – début 16e siècle

Vue générale de face et de dos


Détails : richesse des ornements (tiare, chape, vêtements de dessous), traces de polychromie

La statue présente une profusion de détails, tant sur l’ornementation des vêtements (galon, fermoir…) et de la coiffe (tiare à triple couronne), que sur le plissé des vêtements, l’expression du visage, le faldistoire sur lequel il est assis…
Le revers est vaguement sculpté, seules les arêtes sont dessinées soulignant les contours du siège. Il porte de nombreuses traces de polychromie.Selon Jacques Baudoin, dans son ouvrage intitulé La sculpture flamboyante, Normandie, Ile de France (Editions Créer, 1992), cette dernière statue présente une qualité de portrait, au réalisme, marqué notamment par la fermeté dans le modelé des joues, la profondeur des orbites, un menton présent et des traits d’expression parcourant front, paupières et coin des yeux.
L’historien rapproche ce portrait de celui de Georges d’Amboise sur son tombeau, chantier auquel l’auteur de cette statue de saint Pierre, Pierre des Aubeaux, a participé. N’oublions pas que Jacques d’Amboise, frère du premier, a été abbé de Jumièges entre 1474 et 1505. Jacques Baudoin suppose que la statue ait pu être commandée en 1503, au moment où Georges d’Amboise caressait l’ambition de devenir pape : à cette date il avait 43 ans, âge qui correspond à la figuration. Le traitement du vestiaire et notamment des souliers à la pointe atténuée et de la tiare à trois couronnes évoque une date voisine à 1500.Ces statues ont été dispersées, probablement lors de la Révolution française, sans qu’on n’en ait de traces dans les sources. On ne connait pas leur parcours jusqu’à leur achat par Mathilde Lepel-Cointet à un antiquaire parisien vers 1921, qui disait les avoir obtenues du curé de Saint-Nicolas-de-Bliquetuit. Classées en 1922, elles ont été présentées dans les salles du musée lapidaire et le sont encore aujourd’hui après restauration dans les salles du logis abbatial.


Carte postale, collection de l’Abbaye de Jumièges