Le Collège apostolique (1/2)

Le Collège apostolique, assemblée des douze apôtres, est un thème iconographique qui apparaît tôt dans l’art chrétien. Il est adopté par les mosaïstes d’Italie et par les sculpteurs de sarcophages en Italie et en Provence. Le thème inspire les artistes jusqu’au Moyen Age et au-delà mais en prenant des styles et des significations différentes au cours des siècles.

Au milieu du 13e siècle, le collège apostolique est pour la première fois placé à l’intérieur des édifices et non plus seulement en façade.

Ainsi dans la Sainte-Chapelle de Paris, chaque statue est placée devant des piles supportant les retombées des voûtes. Elles prennent alors un sens nouveau, figurant les socles soutenant l’Eglise (métaphore introduite par Paul, Galates, 2, 9).

Les apôtres sont dès lors représentés pieds nus, tenant le Livre Saint et un attribut qui permet de les distinguer (instrument de son martyre).

C’est le cas ici.

A Jumièges l’emplacement exact des statues d’apôtres n’est pas connu. On suppose qu’elles devaient figurer dans le chœur de l’église Saint-Pierre qui a été en grande partie réédifiée sous l’abbatiat de Guillaume Gemblet, dit Guillaume le Jeune, entre 1332 et 1335, datation en accord avec le style des œuvres.

Les statues ont été souvent rapprochées de celles de Saint-Jacques-de-l’Hôpital, conservées au musée de Cluny, et considérées comme étant issues du milieu parisien. Étant donné la diversité de style et la parenté avec certaines statues des portails des Libraires et de la Calende de la cathédrale de Rouen, ces statues sont présentées comme issues des ateliers rouennais, et de la main de plusieurs artistes.

Parmi les figures aujourd’hui identifiables, les styles et la technique diffèrent :

Saint Pierre semble figé, drapé dans un manteau-écharpe peu plissé, dévoilant les trois plis en tuyau de la robe du dessous. Son visage barbu et encadré d’une couronne de cheveux est assez inexpressif.

Saint Pierre

La statue que l’on identifie habituellement comme représentant saint André présente une silhouette plus élancée. Le manteau est animé d’un plissé travaillé et souple, retombant à gauche comme une cascade de volutes rappelant les Vierges de Beauficel (50) ou de Sancourt (80).

Saint André (?)

Le traitement de son visage barbu et ridé souligné d’une longue chevelure ondée présente une expression méditative et un traitement stylistique proche de la tête de saint Paul, conservée à part de son corps.

Saint André (détail)

Saint Paul