Les jardins de l’abbaye

Selon la Règle de saint Benoît, chaque monastère « doit être construit de manière qu’on y trouve tout le nécessaire : eau, moulin, jardin, et que les divers métiers soient exercés à l’intérieur » dudit monastère, puisque les moines doivent vivre coupés du monde. Pour se nourrir et se soigner le jardin est essentiel. A chaque activité correspond un métier. Dans les Règles communes et particulières de la Congrégation de Saint-Maur, édité en 1653, celui de jardinier est décrit. Ce dernier doit prendre soin de l’ensemble des jardins, celui des moines, celui de l’abbé, des vergers, et également des herbages. Le but premier de l’espace cultivé est de nourrir, de soigner et de pourvoir au décor de l’église par les bouquets. Le jardin se doit d’être modeste et doit permettre la méditation.

Si au Moyen Age les moines de Jumièges étaient passés maîtres dans l’art d’utiliser les plantes médicinales, ou simples, et en dressaient l’inventaire, on ne connaît que peu de choses des jardins ordonnés de l’abbaye. Le nouveau logis abbatial, terminé en 1673, est lui clos de mur, avec une cour sur l’arrière à l’est et sur l’ouest un jardin composé de quatre parterres séparés par des allées.

Les jardins : Monasticon Gallicanum, 1678

Une importante zone plantée d’ormes se trouve alors au nord de l’église Notre-Dame, mais en dehors de l’enclos. Au-dessus du chevet des deux églises une pièce appelée la cerisaie jouxte au sud les jardins en terrasse.

Ceux-ci sont composés de trois niveaux comme le décrit un procès-verbal d’arpentage en 1726. Ils formaient précédemment l’enclos des jardins de l’abbé dont le logis se trouvait alors au bout de l’ancien dortoir. Ils se divisent tout d’abord en un 1er niveau avec à l’ouest le nouveau dortoir et les bâtiments de l’ancien au nord, l’enclos dit de la Vigne au sud. A l’est, un deuxième niveau de terrasse est soutenu par un mur. On y accède par un escalier « en forme de deux coquilles ». En 1797, il est appelé « potager », puis sera transformé avec des haies de buis en 1898.

Le dernier niveau de terrasse est en 1726 planté de charmilles, avec allées en quinconce. Il est quant à lui desservi par quatre escaliers de pierre, dont un est dans l’alignement de l’escalier en coquilles.

Plan du jardin en 1726 (ADSM 9H 79)

Au-delà de cet ensemble au sud s’étendait une allée plantée de tilleuls, dite allée de la belle Agnès par allusion à Agnès Sorel qui logea au manoir proche de Mesnil sous Jumièges, avec en 1797 sur la partie ouest un parc avec avenues. Il est à noter qu’à la période révolutionnaire, les deux murs clôturant le domaine à l’est et à l’ouest sont dénommés espaliers et on peut supposer qu’ils soutenaient des arbres fruitiers.

Plan du jardin en 1797, coll. Jumièges

L’escalier à deux coquilles est toujours en place. Les terrasses ont été réaménagées au 19e siècle où on a notamment installé des vases décoratifs en métal (au nombre de 21). Aujourd’hui le potager a laissé place à des fleurs de prairie et aux installations d’artistes de Land Art, réalisées dans le cadre de la manifestation « Jumièges à ciel ouvert ».

Vue de l’escalier « à deux coquilles », 2013

Les vases longeant le mur du 2e palier de terrasses

Le troisième palier de terrasse en 2013