Fragments de vitraux de l’Abbaye dans l’église Saint-Valentin de Jumièges

La majeure partie du décor vitré des XIVe et XVIe siècles, provenant des églises Saint-Pierre et Notre-Dame de l’abbaye de Jumièges ont été dispersés entre la chapelle de la Sainte-Vierge-et-de-tous-les-saints à La Mailleraye-sur-Seine, à l’église Notre-Dame de Caudebec-en-Caux (Rives-en-Seine), à l’église paroissiale Saint-Valentin de Jumièges et probablement dans la collection Pitcairn en Pensylvanie.

Les fragments de vitraux du XIVème siècle correspondent vraisemblablement aux vestiges d’un Credo apostolique, peint vers 1400 sous le règne de l’abbé Simon du Bosc (mort en 1418), pour l’église Saint-Pierre de Jumièges. Les éléments du XVIe siècle correspondent aux travaux de décoration entrepris par l’abbé François de Fontenay (1524-1549) à Notre-Dame de Jumièges.

La baie 5 de l’église Saint-Valentin se compose de nombreux petits vitraux remontés dans une vitrerie losangée. Pour la plupart, il s’agit de panneaux civils peints en grisaille, jaune d’argent et sanguine, représentant de saints personnages comme saint Aichadre et saint Philibert au registre supérieur, ou aux registres inférieurs un saint diacre, un moine, saint François d’Assise recevant les stigmates.

Baie 5, vue générale @Service Inventaire et Patrimoine, Région Normandie

Trois fragments appartiennent à la série des Docteurs du XVIe siècle, aujourd’hui remontée à la Mailleraye, réalisée vers 1530 pour l’église Notre-Dame. On trouve, aux registres inférieurs, la moitié du cartouche avec l’inscription AMBR (Ambroise), le fragment du lion de saint Jérôme et un élément de draperie violette. A vous de les trouver ?

La baie 10 compte des panneaux peints en grisaille et jaune d’argent, issus d’un Crédo apostolique, thème prisé des théologiens de Jumièges. La technique et le dessin évoquent l’art parisien.

Baie 10, vue générale @Service Inventaire et Patrimoine, Région Normandie

Au registre inférieur, est représenté à gauche saint Mathias, portant une épée et un phylactère avec l’article du Credo, la vie éternelle. Il est entouré de quatre éléments du XIVe siècle : un fermaillet composé de deux cavaliers, deux fragments de grisaille décorative et un buste d’ange musicien.

Baie 10, registre inférieur, saint Mathias @Service Inventaire et Patrimoine, Région Normandie

Au centre, le panneau représentant saint Barthélémy a été fortement remanié : sa tête a été refaite par le fils de Gustave Moïse employé chez Devisme en 1924, c’est également le cas de la tête de saint Mathias, vue précédemment. Des éléments de phylactère portent un autre article du credo consacré, semble-t-il, au Saint-Esprit. Son pied et un fragment d’inscription ont été déplacés au niveau de sa tête.

Baie 10, registre inférieur, saint Barthélémy @Service Inventaire et Patrimoine, Région Normandie

Au registre supérieur, saint Simon est représenté portant un phylactère avec l’article du Credo sur la rémission des pêchés.

Baie 10, registre inférieur, saint Simon @Service Inventaire et Patrimoine, Région Normandie

Ces éléments sont complétés par un panneau au registre inférieur, complètement corrodé sur lequel on aperçoit la représentation devenue illisible d’un ange d’une Annonciation. Le panneau le surmontant représente la Vierge d’un couronnement.

L’ensemble de ces éléments, parfois difficilement lisibles, ont été étudiés dans les années 1950 par Jean Lafond, archéologue, historien de l’art et spécialiste du vitrail. Ces travaux sont une source nécessaire à la compréhension de ces éléments disséminés d’un site à l’autre voire dans la recomposition d’un même vitrail.