Porterie

Le porche du 14e siècle, par lequel on entre, présente une belle architecture gothique aux clés de voûte sculptées. En levant la tête, on distingue sur l’une d’elles un masque d’homme feuillu. L’ensemble du bâtiment a été remanié à la fin du 19e siècle dans le style néogothique. Il abrite l’accueil et des salles d’exposition installées dans les appartements de la famille Lepel-Cointet.

Abbatiale Notre-Dame

Chef d’œuvre de l’art roman normand, l’abbatiale Notre-Dame fût élevée entre les années 1040 et 1060 à l’initiative de l’abbé Robert Champart. Sa façade ouest, très imposante, comporte un porche surmonté d’une tribune, et est encadrée de deux tours hautes de 46 mètres. La nef est, avec ses 25 mètres de hauteur, la plus haute nef romane de Normandie. Elle est rythmée par l’alternance de piles fortes et faibles. On peut encore admirer sur les chapiteaux ainsi que sur les voûtes d’arêtes des bas-côtés les vestiges des peintures dont était ornée Notre-Dame. A la croisée du transept, seul le mur ouest de la tour-lanterne est encore visible. Le chœur de Notre-Dame, reconstruit au 13è siècle, est fortement marqué par les destructions post-révolutionnaires : il ne subsiste en effet que deux chapelles rayonnantes gothiques.

Église Saint-Pierre

Reliée à l’abbatiale Notre-Dame par le passage Charles VII, l’église Saint-Pierre conserve d’intéressants vestiges de la période carolingienne : la façade et les deux premières travées de la nef rythmées par des niches circulaires et des baies géminées. Le reste de l’édifice a été entièrement reconstruit au 13e siècle pour le collatéral Sud et au 14e siècle pour le côté Nord. Sur le mur sud, on peut admirer un exemple rare de peinture carolingienne : une figure d’homme représenté en buste.

Cloître

Le cloître, espace situé au cœur de l’abbaye, desservait les principaux bâtiments de l’abbaye : les églises Notre-Dame et Saint-Pierre, la salle capitulaire, la salle du Trésor, l’ancienne salle de l’hôtellerie et le réfectoire aujourd’hui disparu. Lieu de circulation et de réflexion, le cloître le plus récent fût reconstruit dans les années 1530 dans un style mêlant gothique flamboyant et renaissance. Il fut entièrement démonté au 19e siècle et à son emplacement, subsiste un if plusieurs fois centenaire.

Hôtellerie

Grande salle voutée du 12e siècle, l’hôtellerie servait à l’accueil des hôtes de haut rang. Longue de 35 mètres, cette salle gothique offre une belle harmonie architecturale par la régularité de ses proportions. La façade extérieure, partie la plus ancienne de l’hôtellerie, arbore un décor sculpté de modillons aux personnages grotesques et de baies décorées d’éléments géométriques et de têtes barbues. A partir du 13e ou 14e siècle l’hôtellerie devient un cellier. Au 17ème siècle, les moines y ajoutent un étage abritant une bibliothèque réputée. Pour des raisons de sécurité, l’hôtellerie est interdite à la visite.

Le Parc

L’abbaye de Jumièges est située au cœur d’un parc clos de 15 hectares, classé depuis 1947. Un plan réalisé en 1797, après la vente de l’abbaye comme bien national, en fait un relevé précis, sur lequel on remarque les aménagements faits par les mauristes aux XVIIe et XVIIIe siècles :
– au centre, le système de terrasses créé par les mauristes au XVIIe siècle dont on peut admirer l’escalier d’accès ;
– dans la partie sud, nommée Clos de la Vigne, la double allée de tilleuls menant à la grille dite « d’Agnès Sorel », et le thabor, sorte de butte artificielle à portée symbolique (cette construction évoque le mont de la Transfiguration du Christ).

Les anciens jardins monastiques ont laissé la place, à partir du 19e siècle, à un parc à l’anglaise conçu pour mettre les ruines en valeur. Le parc que nous admirons aujourd’hui doit beaucoup, en particulier, aux aménagements réalisés par la famille Lepel-Cointet, propriétaire de l’abbaye entre 1853 et 1946, qui fit appel aux paysagistes Henri et Achille Duchêne dans les années 1900. Ces derniers dessinèrent les principaux tracés des nouveaux jardins et créèrent un parterre de broderies de buis en contrebas du logis abbatial, qui a inspiré l’actuel parterre planté dans les années 1980.
C’est également à cette époque qu’ont été plantés la plupart des arbres les plus remarquables du parc, comme les hêtres pourpres ou les grands pins situés près de la porterie, ainsi que le grand cèdre de l’Atlas arraché par la tempête de 1999, dont le fût est conservé au centre du Clos de la Vigne. Approchez-vous : son bois a gardé tout son parfum !

Logis Abbatial

Situé au nord-est des ruines de l’abbaye, le logis abbatial est l’ancienne résidence des abbés commendataires* de Jumièges. Sa construction débute en 1666, en remplacement de l’ancien logis médiéval situé près de l’église Saint-Pierre et alors à l’abandon ; il est achevé en 1671, date à laquelle François II de Harlay de Champvallon, archevêque de Paris et abbé de Jumièges, s’y installe.

Noble bâtiment de style classique à trois niveaux et à la haute toiture à la Mansart, le logis abbatial a l’aspect d’un véritable petit château. On y accédait par l’actuelle rue du Quesney, sur laquelle s’ouvre la cour d’honneur fermée d’une grille monumentale et encadrée de deux bâtiments de communs. Depuis son imposante façade, côté parc, la vue sur les ruines de l’abbaye et, plus loin, les côteaux de la Seine, est splendide. Le blason orné des clés de saint Pierre, patron de l’abbaye, orne toujours le fronton du majestueux avant-corps.

A la Révolution, le logis abbatial est vendu, séparément de l’abbaye, dès 1791 comme Bien national. Il connaîtra plusieurs propriétaires jusqu’à son acquisition, en 1865, par Louis-Helmuth Lepel-Cointet, fils d’Aimé-Honoré Lepel-Cointet, déjà propriétaire des ruines et du parc depuis 1852.

En 1946, l’abbaye de Jumièges devient propriété de l’Etat. Un musée lapidaire est installé en 1954 dans les salles du rez-de-chaussée du logis abbatial. Malheureusement, dans la nuit du samedi 17 au dimanche 18 août 1974, le logis abbatial est ravagé par un terrible incendie. D’importants travaux de restauration ont été nécessaires après ce sinistre pour rendre au bâtiment sa toiture et sa stabilité, sans pour autant permettre sa réouverture au public.

Aujourd’hui, le Département de Seine-Maritime, propriétaire de Jumièges depuis 2007, a décidé d’ouvrir le logis abbatial dans le cadre de sa politique en faveur des arts visuels, en y organisant en saison des expositions de prestige. Les pièces de la magnifique collection lapidaire de l’abbaye y sont associées, dans une volonté d’instaurer un dialogue entre ces pièces majeures de l’art médiéval et la création contemporaine.